A la découverte de la Vénétie avec le plus grand architecte de la Renaissance

A la découverte de la Vénétie avec le plus grand architecte de la Renaissance

La fin de notre voyage avait mal commencé. Arrivés à l’adresse de la villa Godi Malinverni, à Lugo di Vicenza, au nord de Vicence, c’est une autre maison noble – la villa Piovene – qui nous saute d’abord aux yeux. Nous sommes-nous égarés ? Depuis notre départ de Venise quelques jours plus tôt, nous découvrions la Vénétie à la recherche des chefs-d’œuvre du plus grand architecte de la Renaissance, Andrea Palladio (1508-1580).

Auteur des Quatre Livres de l’architecture (I Quattro Libri dell’Architettura), inspirateur du palladianisme – ce style architectural cher aux Anglais puis aux Américains au XVIIIe siècle –, Palladio est sans doute le seul architecte au monde dont la quasi-totalité des œuvres encore existantes sont classées au Patrimoine mondial de l’Unesco. Après Venise, le canal de la Brenta et la ville de Vicence, nous achevions donc notre périple par un moment de confusion vite dissipé.

Car la villa Godi Malinverni – Godi comme ses commanditaires en 1537, Malinverni comme ses propriétaires actuels – est bel et bien là, cachée par une grille discrète. Nous sommes passés sans la voir. La villa Piovene, qui nous a induits en erreur, n’est « que » le projet concurrent d’une autre famille. Attribuée sans certitude à Palladio, d’un intérêt moindre que sa voisine, sa présence seule résume le foisonnement architectural de cette région. Au nord de Venise, sur la terre ferme, les villas – de Palladio et de ses successeurs – sont plus nombreuses que les châteaux le long de la Loire !

Christian Malinverni nous reçoit dans une annexe de la villa Godi, entrée dans sa famille en 1961. « Allez voir la maison, nous en parlerons après », nous dit-il, en indiquant une porte qui conduit au jardin. Les derniers rayons du soleil ont dissipé la brume, et la façade de « la prima villa del Palladio » nous offre enfin son austère pureté. Au milieu de deux avant-corps massifs dépourvus d’ornement, un escalier tout en légèreté conduit à la triple arcade du piano nobile (l’étage noble), en retrait.

La villa Godi Malinverni.

Avec les deux arcs latéraux qui donnent accès au rez-de-chaussée, cette entrée est la signature de Palladio. En haut des marches, la loggia s’ouvre sur un grand salon et des pièces en enfilade peintes à fresque. Ici un gentilhomme sort de derrière un rideau en trompe-l’œil, là un enfant rêve à la fenêtre : que de vie sur ces murs ! Des réminiscences de cinéphile jaillissent : Alida Valli et Farley Granger ont des scènes d’amour derrière ces hautes portes dans Senso, de Luchino Visconti, tourné ici en 1953.

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